Désert pas si désolé et foi de pèlerins

Publié le par Johanna

Partant de Yazd, la très bonne route entourée de montagnes mène à travers un désert pierreux et touffu de végétaux secs à l’une ou l’autre oasis. Nous nous arrêtons à celle de Garmeh pour la qualité de l’accueil de son auberge réputée auprès des voyageurs. Effectivement, nous y rencontrons Masiar le propriétaire charismatique chevelu et musicien qui gère depuis 18 ans l’établissement avec sa femme française, permettant au village de se maintenir, offrant du travail, et restaurant peu à peu les bâtiments en torchis. Vers 16h il annonce : « Bon je vais emmener mon fils se baigner vous voulez venir ? » On croit mal entendre… Nous avons cherché l’eau en vain : le lac Orumiyeh est asséché, à Bandar pas de plage, à Qeshm trop chaud… et voilà qu’on nous parle de se baigner en plein désert !!! Nous montons dans son 4x4 avec des maillots de bain, passons prendre son fils de 10 ans, Raphaël, qui parle parfaitement français (1er copain de jeu francophone des enfants depuis le départ !), et après 10 minutes de pistes nous nous arrêtons au milieu de nulle part. Encore 15 minutes de marche et nous voilà à vue d’un lac crée à partir d’un barrage qui résiste à la chaleur quelques mois par an et s’assèche tous les étés. Nous nous sommes jetés dedans avec joie ! Comble… le fond est composé d’argile doux qui permet de faire un bain de boue et un peeling excellent pour la peau ! Arrêtés pour un jour nous y sommes finalement restés 3… nous promenant dans l’oasis, dégustant la délicieuse cuisine de l’auberge, discutant avec Mehdi, un marin, musicien et écrivain local venu se reposer pour quelques jours avec sa compagne Maryam, écoutant les concerts de Mehdi et Masiar, jouant dans la source au-dessus du village où Masiar a attrapé un serpent à mains nues sous nos 12 yeux ébahis.

 

 

Désert pas si désolé et foi de pèlerins
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Désert pas si désolé et foi de pèlerins
Désert pas si désolé et foi de pèlerins

Nous repartons vers le nord pour croiser de vraies dunes de sable et faisons de nouveau halte dans la petite oasis de Farahzad qui compte aussi une auberge… mais cette fois le propriétaire n’est plus là. Nous sommes en toute fin de saison, en juin, juillet et aout il fait trop chaud, très peu de voyageurs iraniens choisissent cette destination, et les propriétaires d’auberges prennent leurs vacances. Il y a par contre un seul client : Félix… un motard suisse qui fait le tour du monde en solo (www.out-of-comfort.ch) ! Après le plaisir d’avoir passé une soirée en sa compagnie nous le regardons partir tout seul au milieu des dunes avec ses deux petites bouteilles d’eau le lendemain…

 

 

Désert pas si désolé et foi de pèlerins
Désert pas si désolé et foi de pèlerins
Désert pas si désolé et foi de pèlerins
Désert pas si désolé et foi de pèlerins

Puis nous continuons la route pour traverser le Dasht-e-Kavir au nord, vrai désert de sable plat sur des km cette fois. A l’heure de la pause déjeuner nous repérons une cascade invraisemblable sur Maps.ME… n’y croyant pas trop au milieu du paysage désolé où nous nous trouvons, on s’approche tout de même, curieux. A l’endroit indiqué, effectivement, un peu d’eau tombe d’une hauteur. Un homme passe par là et nous montre le dessus… apparemment il veut que nous allions voir. Nous y trouvons 4/5 voitures garées devant une petite ouverture, comme le seuil d’une boutique. On rentre pour voir… un long couloir avec de l’eau qui coule au milieu dessert des tables de pique-nique et plusieurs familles sont là, à l’ombre, en train de déjeuner au milieu du désert ! Ayant l’impression que le boyau s’allonge on continue jusqu’au bout se demandant quelle est sa profondeur… Je vous laisse découvrir ce qu’incrédules nous avons trouvé à l’extrémité !!!

 

 

Désert pas si désolé et foi de pèlerins
Désert pas si désolé et foi de pèlerins
Désert pas si désolé et foi de pèlerins
Désert pas si désolé et foi de pèlerins

Bref, on n’aura jamais autant nagé que dans le désert… Arrivés dans les villes du nord nous avons cherché à rejoindre la jungle qui longe la Caspienne (et oui on passe de désert à jungle en quelques km en Iran !) pour voir la Cloud Forest… un spot qui permet de se placer juste au-dessus des nuages… mais pas de chance… aucun nuage ce jour-là. Puis nous avons fait un crochet vers le charmant village entouré de vergers croulants de fruits de Qalebala. Nous avions l’espoir de nous faire conduire au parc national de Turan qui le jouxte et censé abriter des léopards. Un des habitants nous invite à diner avec sa famille et nous explique qu’il n’y a plus de grands félins dans le parc depuis deux ans, malgré la tentative de les préserver. Pour retrouver l’autoroute nous nous hasardons sur une piste de 30km… en serrant les fesses quand même… le camion a fait quelques glissades et nous avons élaboré des plans « ensablement » sans avoir finalement eu besoin de nous en servir. Elle nous aura permis de croiser des lièvres et gazelles sauvages, ainsi que quelques dromadaires. A l’issue nous tombons sur un des plus gros caravansérails d’Iran… visiblement fermé, le concierge ouvre et vient nous chercher, tout heureux de pouvoir nous faire visiter la place, avec un tour VIP sur le toit en prime !

 

 

Désert pas si désolé et foi de pèlerins
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Désert pas si désolé et foi de pèlerins
Désert pas si désolé et foi de pèlerins

Halte suivante sur une aire d’autoroute pas très glamour, le nuit tombait et nous n’avons pas eu le temps de rejoindre l’étape prévue. Nous sommes sur l’axe routier qui permet aux poids-lourds de joindre Istanbul à Tachkent (Ouzbékistan) en 10j. Le spot est donc une étape habituelle des routiers turcs… et ce soir là nous étions leur animation ! Nous avons sorti nos réminiscences de turc et ils nous ont invité au restoroute tous les 6, gavant les enfants de glaces, chips, coca et autres bonbons… dès qu’il en sortait un d’un camion, c’était tournée générale de sucrerie !

 

 

Désert pas si désolé et foi de pèlerins
Désert pas si désolé et foi de pèlerins

Notre dernière grande étape de ce périple de 40 jours en Iran est la ville sainte de Mashad. Pour situer le contexte rapidement et comprendre l’intérêt de cette visite : les musulmans chiites suivent la descendance du cousin de Mahomet (Ali) au lieu de suivre la descendance du beau-père de Mahomet (Abu-Bakr) comme le font les sunnites. Ces derniers ont toujours été majoritaires et ont tenté d’évincer les chiites en assassinant tour à tour les descendants d’Ali. Les sciites vouent donc un sacre à ces 12 descendants «Imams martyrs», parmi lesquels certains ont plus la cote que d’autres… Le 3ème Imam (Hossein) est particulièrement fêté à Achura, un des évènements religieux le plus importants du pays, sa tombe à Karbala en Iraq est également un important lieu de pèlerinage. Le 8ème Imam Reza a une place particulière également, c’est le seul qui est enterré en Iran. Dans chaque village nous avons croisé un Reza, c’est le prénom le plus populaire du pays ! Ses frères et sœurs et enfants ont aussi des mausolées qui sont des lieux particulièrement pieux… nous en avions visité un à Qazvin. Mais là nous sommes dans le « saint des saints », au mausolée de l’Imam Reza en personne ! Lieu de pèlerinage extrêmement important pour les chiites, le complexe est une ville dans la ville qui accueille 20 millions de pèlerins par an. Immense, organisation sans failles, plusieurs mosquées magnifiques, plusieurs cours, des halls de prière, des salles partout, toutes plus brillantes les unes que les autres, le summum étant le dôme central doré qui abrite ledit Reza. En tant que non-musulmans nous sommes des « invités » que l’on veut bien laisser entrer après 30 minutes de palabres, 3 coups de fils, et la désignation d’un garde qui nous pilote tout au long des 3h de visite. Nous ne pouvons évidemment pas entrer dans le mausolée en tant que tel mais nous pouvons l’apercevoir à partir d’une grille où femmes d’un côté, et hommes de l’autre, tous larmoient avec de vraies larmes en récitant une prière de circonstance. Dans le complexe et aux alentours, tout ce qui porte un double X porte auxxi un Tchador, bébés compris. La seule qui a pu réchapper au drap noir est Bathille… qui du coup, a attiré les regards. Ceux qui ont accompli ce pèlerinage saint sont des Mashti, comparativement aux Haji qui se sont rendus à la Mecque.

 

Pour nuancer un peu, d’après l’ensemble des contacts que nous avons eu dans le pays, beaucoup pensent que 10% à 15% de la population serait réellement croyante. Nous avons personnellement croisé de très loin beaucoup plus de non-croyants que de croyants, la plupart de nos rencontres ne faisant en fait pas le ramadan. Beaucoup s’excusent avec honte des règles posées par le gouvernement actuel, le critiquent, et sont découragés à l’idée de parler de politique au sujet de laquelle ils ont l’impression de n’avoir finalement aucune prise.

 

 

Désert pas si désolé et foi de pèlerins
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A l’issue de cette visite nous avons eu besoin de nous poser un peu pour préparer le passage de la frontière Turkmène. Près d’une ancienne tour, observatoire des astres, un fermier nous a offert sa cour. Nous y sommes restés 2 jours au calme et avons même sorti le hamac ! Pendant que les enfants jouaient avec les poules, oies, chevaux, ânes etc. nous avons karcherisé le camion (les Turkmènes aiment les camions propres), huilé le moteur (tâche à accomplir à 10.000km que nous avons passé !), trié les médicaments (pas de codéine, morphine, psychotropes ou dérivés à la frontière), fait un round de lessive et pris des douches chaudes (!). Puis nous avons pris la route offrant du superbes vues qui mène au travers de camp nomades puis à la ville frontière de Bajgiran. Nous avons eu la surprise de voir une Land Rover nous doubler et nous faire signe de nous garer sur le côté : en sont sortis Stijn (Belge) et Marie (Suisse) qui avaient vu notre camion sur le Blog !!! Ils étaient sur la route dans l’autre sens et on fait demi-tour pour qu’on puisse se rencontrer autour d’une papote-bord-d’autoroute-improbable pendant une petite heure… Nous nous sommes promis de nous retrouver en Ouzbékistan dans une semaine où nos routes se croiserons de nouveau… ils continueront ensuite vers le Japon.

 

 

Désert pas si désolé et foi de pèlerins
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Après 40 jours passés en Iran et au moment de quitter le pays, quelques informations supplémentaires seront peut-être utiles à ceux qui préparent ce même voyage :

  • Les routes sont excellentes, les chauffeurs moins (fréquentes marches arrières sur l’autoroute, demi-tours abruptes, doublement par la droite, comportement imprévisible, etc.).

  • L’eau est potable (excepté dans le nord près de la frontière Arménienne et à l’ouest près de la frontière Irakienne).

  • Le réseau internet est très mauvais (nos 3 gigas ne servent que dans les grandes villes), notre VPN était inefficace (la censure concerne par exemple Facebook, Youtube, Overblog, mais on peut chercher sur Google, et Whatssap n’est pas censuré et fonctionne assez bien dans l’ensemble du pays). D’après un geek de cyber le mieux est de télécharger un « antifilter » avant d’entrer dans le pays… mais même le sien n’a pas fonctionné.

  • De mon humble point de vue : mettre le voile est une expérience plutôt nouvelle et intrigante les 10 premiers jours, c’est relativement supportable par la suite s’il fait moins de 35 degrés, il faut juste y penser tout le temps ; et de toute façon on serait très mal à l’aise sans car la plupart des femmes en dehors des grandes villes portent le Tchador, juste un voile coloré semble donc déjà terriblement libertin. En revanche ça devient carrément une torture quand on passe un cap de chaleur et d’humidité, je rends ici hommage aux femmes qui le portent dans ces conditions à vie, surtout à celles qui ne sont pas croyantes !

  • Il y a des plaines de jeux, des parcs et des toilettes publiques partout, c’est extrêmement facile de trouver un spot pour la nuit, et s’il devait y avoir un doute : l’application iOverlander est particulièrement bien fournie.

 

L’Iran est un pays immense, il fait 3 fois la taille de la France avec autant de cultures régionales différentes, de paysages variés, de monuments et villes à découvrir… mais nous avons été particulièrement sensibles à l’hospitalité exceptionnelle que nous avons trouvée partout. S’il y a un pays où c’est un atout de « faire touriste » c’est ici : ils sont choyés, adorés, aidés, protégés avec une constante bienveillance. Les iraniens n’ont pas tous l’occasion de voyager à l’étranger pour des raisons financières, de visas épiques à obtenir, et parfois d’impossibilité d’acquérir un passeport (pour ceux qui ne font pas leur service militaire), les touristes sont donc une occasion de découvrir le monde et de nourrir un peu leur immense curiosité, ils font l’effet d’aimants. Régulièrement on s’est demandé : qui est finalement le touriste de qui ? Partout sourires, selfies, invitations, thés, photos, cadeaux, signes de la main, approches diverses, et surtout 1000 fois… plus peut-être avons-nous entendu « Welcome to my country ! Welcome to Iran !».

Désert pas si désolé et foi de pèlerins

Publié dans Iran

Commenter cet article

tante Monique 25/06/2017 12:19

Heureuse de vous suivre. Souhaiterais que vous dessiniez une carte géographique pour qu'on puisse mieux localiser votre avancée
Bisous
Tante Monique

Johanna Maccioni 23/07/2017 23:26

Merci pour le message tante Monique! Je vais essayer de trouver le moyen de mettre une carte, c'est vrai que ce serait mieux!

Christine Jacob 22/06/2017 18:42

Passionnant ! Merci à vous !

Christina Pantazi 22/06/2017 16:09

Its so exciting to travel through your experiences and photos. Fotis keeps asking about Colomban. Give him a hug kiss. Our love to all of you. Looking forward for the next post!

Jérôme et Tine 22/06/2017 10:04

Chouette de vous lire! On reconnait à fond, on a eu les mêmes experiences, il y a un an tout pil. Les enfants veulent savoir si Choco le dromédaire était encore à l'auberge à Garmeh! Bonne continuation!

Johanna Maccioni 22/06/2017 14:20

J'imagine que ça vous rappelle de bons souvenirs!!! Chocolat bien là! Et il y a un nouveau bébé! Encore merci pour tous vos bons conseils!!!